Chapitre 1

 

Institut Raven – Nouvelle Zélande, Ile Sud

Morgan, agenouillé auprès du corps inanimé de feu le Professeur Covington, leva les mains pour signifier qu'il n'était pas armé. En cet instant, il se sentait incapable de réfléchir. Se retourner lui paraissait même impossible. Il espérait simplement survivre. C'était son unique préoccupation. La voix féminine retentit pour la seconde fois :

« Vous allez vous retourner… Lentement… Le moindre geste suspect de votre part… Et je vous descends ! »

L'intonation se voulait ferme, mais Morgan avait cru déceler un léger tremblement dans la voix, ce qui lui donna un nouvel élan. Il fit donc ce qu'on venait de lui ordonner :

« Ecoutez. Je ne suis pas armé. J'avais… J'avais rendez-vous avec le Professeur Covington et… Je l'ai découvert ainsi… »

Il venait de rencontrer le regard de la femme qui le tenait en joue avec un petit calibre. Il ne s'était pas attendu à ça. Elle était belle. Des longs cheveux bruns légèrement ondulés et méchés blonds. Un top à manches asymétriques aux imprimés variés et multicolores sur un jean délavé. Et surtout, de grands yeux couleur noisette qui brillaient d'une lueur étrange et qui cherchaient à lire en lui :

« - Vous aviez rendez-vous avec le professeur Covington … ?

- Je m'appelle Morgan Oswald. Je… je l'avais contacté en… début de semaine. – La jeune femme l'observa encore un instant, puis abaissa son arme.

- Je m'excuse… Mais je devais savoir si vous étiez avec eux. Le professeur Covington était… mon oncle… - Elle s'approcha de Morgan. – Je m'appelle Kirsten. Il m'avait dit qu'il vous attendait.

- Je suis désolé…

- Ne le soyez pas. Vous n'y êtes pour rien.

- Parlez-moi d'eux. Qui sont-ils, que voulaient-ils?

- Je n'en sais rien. Ils… ils sont entrés et… ils l'ont tué. Je me trouvais aux toilettes, juste à côté. – Elle indiqua de la tête la petite porte au fond du bureau. – Je m'apprêtais à sortir quand ils sont arrivés. J'ai… je suis restée derrière la porte, peut-être bien… une quinzaine de minutes après qu'ils soient partis. Quand je me suis enfin décidée… Je l'ai découvert ainsi… Je me suis souvenue qu'il avait une arme dans son tiroir. Alors, je l'ai pris et… vous êtes arrivés.

- Comment étaient-ils ?

- Tous vêtus de noirs. Attendez… Je me souviens, à un moment donné, quand je regardais à travers l'entre-ouverture, il y a ce type noir qui est entré. On aurait dit… qu'il s'agissait de leur chef.

- Noir… – Pandora ! Comment pouvaient-ils savoir ?... – Mais… je n'ai croisé personne.

- Impossible ! Je sais qu'ils sont encore ici ! Je les ai entendu roder dans les couloirs.

- C'est un piège. Ils m'ont laissé entrer pour qu'il me soit impossible de m'échapper.

- Quoi ?!

- Vous aviez tord. Votre oncle est mort par ma faute. Ils sont venus pour moi. – Kirsten observa un long moment son vis-à-vis, l'air choqué et perdu.

- Nous allons faire en sorte qu'ils ne vous aient pas. »

C'est à cet instant qu'ils entendirent des bruits de pas provenant du couloir et qui se rapprochaient. Kirsten et Morgan s'échangèrent un rapide coup d'œil.

 

Des hommes en costumes sombres et munis de leurs automatiques s'étaient postés de part et d'autre de la porte du bureau du Professeur Covington. Ils semblaient attendre des ordres. Abrahams apparut alors à l'autre bout du couloir avec un autre de ses sbires. Après avoir rejoint le reste de l'équipe, il signifia de la tête qu'ils pouvaient entrer en action. Les soldats de Pandora enfoncèrent aussitôt la porte, armes brandies. Abrahams s'empara du python magnum qu'il cachait sous son trois-quarts et entra à leur suite. L'endroit était vide. Il n'y avait pas la moindre de trace de Morgan Oswald. Or, on lui avait certifié qu'il était rentré dans le bâtiment et qu'il s'était rendu dans le bureau de Covington. Personne ne l'avait vu quitter la pièce, depuis. Abrahams bouillait. Ce type avait pris la fâcheuse habitude de lui glisser entre les mains. Il se jouait de lui et il avait horreur de ça. De sa position, il balaya le bureau du regard. Ses yeux se posèrent sur la porte du fond. La première fois qu'il était venu, cette porte était à peine entrouverte. A présent, elle était béante. Il traversa la pièce et pénétra dans les toilettes. Tout avait l'air normal. Quand, il sentit une légère brise lui lécher le visage. Il se tourna dans sa direction. La fenêtre qui se trouvait à mi-hauteur était mal fermée. Il s'approcha et l'ouvrit complètement. Il regarda vers le bas, puis vers le haut. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Vous êtes fait comme un rat Morgan  :

« - Sanders ! – L'homme qui était arrivé avec lui se présenta dans l'entrebâillement.

- Monsieur ?

- Il est monté à l'étage. Prévenez les hommes qui se tiennent là-haut. Je veux qu'ils inspectent toutes les pièces du troisième.

- Bien Monsieur. »

 

Un vent frais s'était levé. On pouvait entendre sa longue plainte accompagner le bruit des vagues qui venaient fouetter les rochers en contrebas. Morgan tendit une main à Kirsten afin de l'aider à passer la rampe du balcon. La jeune femme sortit un pass de sa poche et le glissa dans la serrure de la porte métallique qui se trouvait au coin gauche de la petite terrasse. Le voyant passa au vert et les deux jeunes gens s'introduirent dans l'enceinte. La salle, de forme rectangulaire, était immense et dotée de deux étages. Au centre, se dressait une table ovale, affublée d'une vingtaine de chaises environ. Un peu plus loin, une esplanade et un écran géant faisaient lui faisaient face. Kirsten se dirigea vers l'escalier et commença à gravir les marches :

« - Suis-moi !

- Et nous sommes où exactement ?

- Dans la salle de conférence. Nos scientifiques se réunissent régulièrement pour faire le point sur leur travail. Et bien sûr, c'est là qu'ils organisent les diverses manifestations de l'institut.

- Je vois… – Répondit Morgan en suivant Kirsten. – Ce ne serait pas mieux de trouver un moyen de nous enfuir, au lieu de s'enfermer ici ?

- Cette salle est l'endroit le plus sécurisé de l'institut. On est l'abri.

- Les hommes qui ont tué ton oncle disposent de moyens que tu ne soupçonnes même pas. Ils rentreront.

- Pas avant que les secours n'arrivent.

- Ils ont du couper les lignes téléphoniques !

- Sauf qu'ici… – Elle ouvrit la porte au store baissé devant laquelle elle venait de s'arrêter. – … Nous disposons d'une radio. – Morgan esquissa un sourire.

- Ca pourrait bien marcher. »

Il referma la porte derrière lui tandis que Kirsten s'installait devant le poste radio. Cette pièce ressemblait à un poste de pilotage. Du matériel informatique, de télécommunications, et dans l'autre partie, un laboratoire. Morgan entendit le grésillement distinct d'une radio mise en marche et s'en retourna vers sa nouvelle amie :

« - S.O.S., S.O.S., ceci est appel de détresse. Ici l'Institut Raven. Des hommes armés ont investi les lieux. Demandons insistance. Je répète. S.O.S., S.O.S. Avons besoin de renforts…

- grriir… griiiiiirgrii… griririiiii… grrriiiiiii…

- Ici l'Institut Raven ! Répondez s'il vous plait !

- grigririii… grrrirriii… griii…Ici... Poste…lice …Enten… mal// … … … … … …

- C'était quoi ça ?! – S'inquiéta Morgan. – Pourquoi ça a coupé ?

- Je n'en sais rien… Je… Je n'ai plus rien…

- Pandora ! Je le savais ! »

La brune le regarda l'air interrogateur. De quoi parlait-il ? Une seule réponse s'imposa à elle :

« Ca a un rapport avec l'Atlantide ? »

Ce fut au tour du mi-atlante de rester interdit. Il fixa longuement la femme qui se tenait face à lui.

 

Du matériel de toutes sortes avait été installé dans le hall d'entrée de l'Institut Raven. Des hommes tous habillés de la même façon circulaient un peu partout. Tyler Abrahams fendit la foule pour se rendre vers l'accueil :

«  - Alors ? – L'interpellé leva la tête.

- J'ai intercepté une communication radio. Je ne sais pas comment la cible connaissait son existence, mais il n'a pas eu le temps de contacter qui que ce soit.

- Bien. Ce garçon est loin de manquer de ressources. Je vais lui montrer qui de nous est le plus fort. Sanders, – Il se tourna vers son second. – Des nouvelles ? – L'homme posa la main sur son oreillette.

- Il se serait réfugié dans une salle sécurisée. Impossible pour nos hommes d'y entrer.

- Je veux un plan du bâtiment. Sur le champ ! »

Le subalterne qui avait stoppé la tentative de communication radio de Kirsten avec le commissariat de Christchurch se mit aussitôt au travail. Il connaissait les rumeurs. Mieux valait ne pas décevoir Abrahams.

 

Un silence pesant régnait dans le poste de pilotage. Morgan, le regard fixe, pivota sur ses pieds et entreprit une série de va et vient nerveux. Chacun de ses pas résonnaient au contact du sol carrelé. Kirsten, appuyée contre le rebord du tableau de bord l'observait en silence, espérant une réponse de sa part. Décidément, ce type n'était pas ce qu'on pouvait appeler quelqu'un de très loquace. Tirer quelque chose de lui s'avérait une mission quasi impossible. Elle avait beau lui avoir prouvé qu'elle connaissait les raisons de sa venue en Nouvelle-Zélande, il refusait toute discussion. Mais pourquoi ? Si Morgan pensait la voir lâcher prise, il se leurrait. Elle savait être très persuasive quand cela s'avérait nécessaire. C'était à elle de briser la glace :

« - Tu veux bien t'arrêter une minute ? Tu me donnes le tournis…

-  … … … … … – Son visiteur ne daigna même pas l'écouter. Il voulait jouer à ce petit jeu. Et bien il allait être servi.

-  Ok. Tu ne veux pas me parler, très bien. Seulement laisse-moi te dire une chose. Mon oncle est mort ! L'Atlantide c'était toute sa vie. Pendant des années il s'est fait passer pour ce qu'il n'était pas. Et oui, il croyait au mythe ! Et pourtant il jouait au bon scientifique qui devait démontrer que ce continent avait bien existé et qu'il y avait des explications rationnelles à sa disparition. Maintenant, son rêve, jamais plus il ne le réalisera. Alors je n'ai pas l'intention de lâcher le morceau. Pour lui, je veux tout savoir, absolument tout !

-  Même au péril de ta vie ?… – Morgan venait de s'arrêter. Il savait ce qu'elle ressentait, il comprenait le désarroi et la colère qu'elle pouvait éprouver. Lui-même l'éprouvait encore. Mais pouvait-il la mettre en danger ? Pandora ignorait encore son existence… Et il savait que s'il lui racontait tout, elle voudrait elle aussi se lancer dans la quête. Il la regarda un court instant et il sut aussitôt qu'elle ne renoncerait pas. Elle avait cette lueur de détermination qui brillait tout au fond de ses iris, la même que la sienne. – Très bien… Je voulais savoir si… – Il sortit une feuille de papier de la poche intérieure de sa veste en cuir marron et la tendit à son interlocutrice. –… ton oncle avait déjà observé ces symboles lors de ses recherches. – A la vue de ces quelques glyphes reproduits à main levée, Kirsten ne put contenir son émoi. – Je n'avais jamais rien vu de tel ! Où… Où as-tu trouvé ça ? ! Est-ce ?…

-  Oui, c'est de l'Atlante.

-  J'espère que tu n'es pas en train de te moquer de moi. – Elle le regardait avec méfiance. Ses grands yeux marrons, tels deux lames aiguisées, tentaient de le percer à jour. Morgan pouvait presque sentir leurs morsures. Il eut même l'impression d'être mis à nu, comme si il ne pouvait rien lui cacher. D'ailleurs, il n'en avait pas envie. C'était si étrange. Il fallait qu'il se reprenne.

-  A en juger par ta réaction, tu ne sais rien…

-  Juste ce que mon oncle a bien voulu m'apprendre… Mais je sais comment savoir si oui ou non il connaissait ces symboles. – Elle leva un sourcil, le sourire en coin.

-  Comment ?…

-  Son ordinateur portable. Il ne le quittait jamais. Le hic, c'est qu'il nous faut retourner dans son bureau… »

Morgan ne répondit rien, mais il n'en pensait pas moins. Il fallait qu'il sache, tant pis pour Pandora. Mais comment allaient-ils faire, lui et Kirsten ? C'était loin d'être gagné, c'était même une opération suicide. Il se tourna vers Kirsten. Celle-ci affichait un sourire mystérieux.

 

 

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