Epilogue

 

Appartement des Oswald – Lawson

La porte d'entrée s'ouvrit sur Fergus, Morgan, Gabe et Janna. Bien qu'exténués, tous les quatre arboraient une mine plutôt réjouie :

« - Vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas ? Demanda Janna aux garçons.

- Puisqu'on te répète que non ! – Répondit un Gabriel à nouveau excédé par la jeune fille.

- En tout cas, encore merci à vous deux. Chacun à votre tour, vous m'avez sauvé la vie.

- C'est un passe temps assez agréable de sauver les demoiselles en détresse. – Répondit Morgan dans un sourire.

- Hé ho ! Parle pour toi ! Moi, j'ai failli mourir noyé et puis… C'est quoi ce plan de drague foireux ?!

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je ne drague personne. N'est-ce pas Fer… »

Morgan s'arrêta là. Il avait suivi le regard de Fergus et restait bouche bée. Janna et Gabe se tournèrent vers le couloir. Eleanor se tenait à l'entrée du salon en robe de chambre :

« - Bonsoir tout le monde. – Dit-elle dans un sourire.

- Bonsoir, Mademoiselle Eleanor. – Répondit Fergus. – Je vais préparer un peu de thé. Ca intéresse quelqu'un ?

- Oh oui… Bien-bien sûr… tu viens Janna. – L'empressa Gabe avec une insistance à peine dissimulée.

- Oui, je… Ravie de vous connaître. – Fit cette dernière en passant devant Eleanor. »

Puis tous les trois s'éclipsèrent dans la cuisine. Morgan s'approcha d'Eleanor. Il ne savait pas vraiment quoi lui dire. Alors, il commença de la façon la plus simple qu'il existait :

« - Salut…

- Nuit agitée ?

- Oui. Une histoire de bateaux et… d'hommes poissons.

- D'hommes poissons ?

- C'est une longue histoire. – Eleanor le regarda un instant avant de décider à se jeter à l'eau.

- J'ai eu, moi aussi, une soirée assez agitée. C'e n'est pas tous le jours qu'on a l'occasion de faire une visite guidée des égouts de la ville. Enfin bref, tout ça pour te dire que j'ai maintenant une idée, très claire, des raisons qui t'ont poussées à me mentir et… je le comprends.

- Mais tu avais raison, je ne t'aurais jamais rien dit. En fait, je me suis montré lâche. J'avais peur de voir tout mon monde s'écrouler. Tu étais la seule chose qui me raccrochait encore à l'Ecosse. Je ne sais pas… Je ne sais pas comment gérer tout ça… - Eleanor prit les mains que Morgan avait réfugié dans ses poches entre les siennes.

- Laisses moi t'aider. Je ne suis pas qu'un simple pot de fleur, je veux faire partie de ta vie… - le jeune homme plongea son regard dans les yeux de sa fiancée.

- Je t'aime. – Eleanor passa alors ses bras autour des épaules de son compagnon qui resta les bras ballants pendant un instant encore. Puis, il l'étreignit par la taille. La jeune femme fit glisser ses mains de la nuque au visage de Morgan et l'embrassa avec tendresse.

- Je t'aime aussi. Mais que les choses soient claires. Ment moi ne serait-ce encore qu'une fois… et je te quitte… définitivement… »

Morgan ne prononça pas la moindre remarque. Il connaissait suffisamment Eleanor pour savoir qu'elle ne plaisantait pas. Il ressentit un pincement au cœur, comme une sorte de malaise.

 

Université LaFayette – Donahue Hall

Le curseur d'une souris pointa sur l'onglet « envoyer un nouveau message » d'une boîte e-mail. Une nouvelle fenêtre s'ouvrit alors et l'adresse du destinataire s'inscrivit dans le champ prévu à cet effet. Les mains qui rebondissaient jusqu'ici avec dextérité s'immobilisèrent sur le clavier. La mine grave, Holly fixait l'écran de son portable. Ce qu'elle s'apprêtait à faire la rendait honteuse et cependant, il fallait qu'elle sache. Son cœur avait beau lui dire que c'était mal, elle avait toujours suivi ce que lui dictait son esprit. Et son esprit l'intimait de ne pas hésiter. Elle se reporta donc au champ objet du message et inscrivit : Morgan et Gabriel Oswald ?

 

Appartement des Oswald

Les rayons du soleil matinal filtraient à travers les stores à demi-fermés des portes-fenêtres du salon. Morgan sortit le parchemin d'Allilayah de son étui et le tendit à Janna dont la chevelure brillait d'un éclat rougeoyant sous la lumière du jour. Elle le déroula et l'étala sur la table. Il s'agissait exactement des mêmes symboles qu'elle avait un jour découverts. Cette forme d'écriture était vraiment très ancienne et avait des ressemblances avec le sumérien et l'assyrien, sans pour autant signifier une même idée ou un même mot. Elle parcourut les lignes avec un intérêt particulier. Avoir la chance d'en apprendre plus sur cette langue, qu'elle avait tenté de percer à jour pendant de si nombreuses années, était vraiment excitant. Ses yeux se fixèrent sur une série de symboles qu'elle reconnut aussitôt :

« - Je crois être en mesure de traduire cette partie-ci. – Morgan se pencha au-dessus de son épaule et s'intéressa à la ligne qu'elle pointait du doigt. – Seulement, je ne suis pas sûre… Il y a des symboles qui me posent problème.

- Peut importe. Dis-moi simplement ce que tu comprends.

- D'accord. – Morgan se redressa. – Gabe ! – La porte de la salle de bain s'ouvrit et l'interpellé passa sa tête par l'entrebâillement.

- Quoi ?

- Janna a reconnu certains symboles sur le parchemin, elle peut les traduire ! – Gabe sortit alors au pas de course et termina de boutonner son pantalon dans la foulée.

- Alors ? – Janna jeta un œil amusée au jeune homme puis regarda Morgan.

- Il est question d'un danger ou… plus précisément d'une menace. Vous voyez, ces signes là signifient la colère… et associés à ceux-ci, qui veulent dire vengeance, on peut imaginer qu'il s'agit d'un avertissement. Mais quelle est exactement cette menace, je ne saurais dire… Ce pictogramme, là, il est mis à l'écart et je ne me l'explique pas. – Elle leva à nouveau la tête vers l'aîné des Oswald.

- Super… On n'a rien sur cette maudite clé et maintenant, nous voilà face à une menace d'origine inconnue…

- Pas la peine d'être si pessimiste. – Intervint Gabe qui préférait voir le bon côté des choses. – Une menace plane et alors ? Je veux dire… Nous sommes au courant maintenant. Quand à la clé, tu vas trouver. Ces documents que tu as ramenés de Nouvelle-Zélande vont t-y aider. Quand à moi, je suis sur une piste. Mais... – Ajouta-t-il sous le regard interrogateur de son frère. - … Je préfère m'assurer de sa valeur avant de t'en faire part.

- Et si tu restais avec nous, Janna ? – Proposa soudainement Morgan. – Tu nous serais d'un grand secours et puis… Pour toi ce serait toujours mieux que d'aller de motels miteux en motels miteux. Tu pourrais même reprendre tes études… »

Janna s'apprêtait à répondre quand on frappa à la porte. Comme Fergus s'était une nouvelle fois éclipsé dès les premières lueurs de l'aube, c'est Morgan qui alla ouvrir. Il tomba nez à nez avec un jeune homme brun aux yeux sombres qui luisaient d'une étrange intensité. Sans même attendre qu'on l'invite à entrer, il passa le seuil de la porte en bousculant légèrement Morgan. Janna resta interdite :

« - Hayden ?...

- Il est temps pour toi de rentrer à la maison, kit kat… - Tout en s'exprimant Hayden épiait l'un comme l'autre des garçons en silence. Il sentait le poids du danger qui les menaçait. Une force ancienne, très ancienne. Il devait éloigner Janna, au plus vite.

- Jordan m'a fait clairement comprendre qu'elle ne voulait plus me voir.

- Jordan n'est qu'une enfant capricieuse et moi, j'ai d'autres chats à fouetter. Alors, prends tes affaires, on rentre !

- Hé ! – S'interposa Gabe. – Pour… - Il fut interrompu par sa nouvelle amie.

- Laisses Gabe. Il a raison, je dois rentrer. – Elle se dirigea vers le canapé et récupéra son sac à dos. – Merci à vous deux pour tout ce que vous avez fait. J'espère pouvoir un jour vous rendre la pareil. Vous avez quelque chose de spé…

- Jan-na. – L'interrompit Hayden en appuyant sur chacune des syllabes de son nom. »

Elle croisa ses yeux noirs et le rejoignit aussitôt. Puis ils quittèrent l'appartement. Restés seuls, Morgan et Gabe s'échangèrent un regard plein de sous-entendus. Qui pouvait bien être cet Hayden ? Morgan referma la porte et partit remettre le parchemin dans son étui, tandis que son frère fixait toujours l'endroit où s'était tenu leur étrange visiteur quelques secondes plus tôt. Il avait ressenti une vague de froid comme jamais il n'en avait ressenti, dès qu'il avait mis le pied dans leur domicile. Pour sûr, ce type n'était pas humain, il était même le mal personnifié. Alors, pourquoi Janna l'avait-elle suivi ?

 

L'un des battants de la porte d'entrée de l'immeuble s'ouvrit pour laisser passer Janna puis Hayden. Alors que la jeune femme continuait d'avancer, Hayden s'arrêta un instant sur le seuil et regarda en direction du parking sous-terrain du bâtiment voisin. Il secoua légèrement la tête et rattrapa le chaton. Une silhouette émergea de derrière l'un des piliers du dit parking. Ses lèvres se peignirent d'un sourire et laissèrent échapper dans un souffle :

« Le destructeur… »

A ces mots, ses yeux virèrent au jaune.

 

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