Chapitre 2

 

QG des mercenaires – Lawson

Les muscles de ses bras se contractant à chaque nouvelle traction, le capitaine Scott Patterson soulevait et abaissait l'altère, qu'il tenait fermement entre ses mains, avec une facilité déconcertante et sur le même rythme que sa respiration. La porte automatisée du bunker s'ouvrit et laissa passer un homme habillé de noir. Patterson décida de se lever afin de voir à qui il avait à faire. A peine venait-il de s'asseoir qu'on lui tendit une serviette, cette même serviette qui reposait sur le sol quelques secondes plus tôt :

« - Scott. – Le salua le mystérieux visiteur qui s'avérait être en réalité le majordome de ses deux protégés.

- Fergus. – Le capitaine s'essuya le visage et plaça la serviette sur ses épaules. – Que me vaut l'honneur ?

- Je souhaiterais que vous reconsidériez la situation.

- Je pensais avoir été parfaitement clair à ce sujet.

- Il s'agit tout de même de votre famille. – Insista le distingué domestique. – Votre frère aurait souhaité vous voir enfin tous réunis.

- J'ai vécu tant d'années dans le mensonge... – Le capitaine Patterson abandonna sa table de musculation et fit quelques pas en amont de Fergus. – Même une fois toute la lumière faite, ça n'a rien changé à ce que j'étais… à ce que je suis.

- Vous ne pouvez pas croire ça !

- Peut-être, oui. – Il déboucha la bouteille d'eau dont il venait de s'emparer et en but une gorgée. – Seulement… Ca risquerait de compliquer la situation. Et je ne peux pas me le permettre.

- Scott… - Répéta Fergus, la mine chagrinée.

- Je sais que vous souhaitez m'aider et… vous avez déjà beaucoup fait. Mais, je ne reviendrai pas sur ma décision. – Le mercenaire se plaça alors face au majordome et le regarda droit dans les yeux. – Elle est ferme et définitive. »

Fergus comprit qu'il ne parviendrait pas à le faire changer d'avis et s'en retourna sous le regard de Patterson qui l'observa disparaître derrière la porte. Aussitôt la porte refermée, l'homme de main expira, puis il baissa les yeux.

 

Université LaFayette – Lawson

En ce début d'après-midi, la cafétéria faisait encore salle comble bien que pour la majorité des étudiants il était presque l'heure de reprendre les cours. Agglutinés autour du self-service, des retardataires se faisaient la guerre pour être le ou la première à profiter des meilleurs restes. Les yeux rivés sur ces derniers, Holly semblait soucieuse. Elle reporta son attention sur son assiette et commença à jouer avec sa fourchette en décrivant des cercles dans sa purée. Ronan remua la tête, il en avait assez de cette situation :

« - Je ne te reconnais plus… – La blondinette posa son beau regard azur sur son ami.

- De quoi tu parles ?

- Depuis que “Monsieur le bellâtre” est arrivé, on dirait que… que tu n'es plus toi-même. Il suffit qu'il se pointe pour que tu oublies qui sont tes amis et quand grand bien lui prend de ne pas nous faire “l'honneur” de sa présence, pour toi… c'est la fin du monde.

- Qu'est-ce que tu insinues ? – Demanda Holly qui sentait la colère la gagner. – C'est dingue ça ! Et tu te prétends mon ami ?! Tu crois que je suis aveugle ?! Tu n'as même pas essayé d'apprendre à le connaître. Depuis le tout début tu le dénigres et là franchement, je commence vraiment à en avoir marre ! – Les étudiants des tables voisines se retournèrent alors que la conversation prenait une mauvaise tournure.

- Et moi alors ! C'est comme si je n'existais plus ! – Des murmures s'élevèrent dans le réfectoire. Chacun élaborait des théories quant à la raison de la dispute à laquelle ils assistaient.

- Mais arrêtes là ! On se voit tous les jours, exactement comme avant ! Et puis tu ne vas pas me reprocher de me demander où se trouve Gabe alors qu'on a avait convenu de se rejoindre ici pour le déjeuner ?!... Si c'était toi qui n'étais pas venu, je me serais inquiétée de la même façon… – Holly regardait Ronan le regard brillant. Sa voix s'était adoucie. Il était son ami et il comptait énormément pour elle. Elle voulait qu'il le comprenne. Le jeune homme baissa un instant sa tête, puis la releva.

- Pourtant il y a quelque chose… J'ai l'impression que tu ne me dis pas tout.

- Pour être honnête, je m'interroge. Il y a certaines choses… à propos de Gabe… que je ne m'explique pas.

- C'est-à-dire ?

- Que les choses soient bien claires, c'est quelqu'un en qui j'ai confiance et que j'aime beaucoup. Il est mon ami, au même titre que toi. Seulement, il a le chic pour se trouver plus ou moins mêlé à tous ces incidents qui se produisent en ville depuis quelques temps.

- Par exemple ?

- Par exemple, l'histoire avec ce professeur. Et puis, l'ami de son frère dont je suis sûre qu'il déjeunait bien avec la fiancée du patron de l' Underworld, le jour précédent le démantèlement de son organisation criminelle…

- C'est peut-être tout simplement dû au hasard.

- Je sais pas… »

Ronan observa pendant un instant son amie. C'est vrai que tout ceci était bien curieux. Il l'avait toujours trouvé louche ce Gabriel. Et là, Holly ne faisait que le conforter dans son idée.

 

Dpt. Histoire Ancienne

« - Terre de glace… - Morgan reprit ses notes et regarda un instant le livre qui était posé à côté de lui, avant de revenir au parchemin qu'il tentait de traduire. – Terre de glace ? – Penchée au-dessus de son épaule droite, Eleanor consulta à son tour les documents concernés.

- Il n'y a aucun doute possible. D'après les divers recoupements, cet ensemble là... – Elle indiqua de l'index la série de symboles sur laquelle ils s'étaient concentrés. – signifie “terre couverte d'eau gelée”, terre de glace.

- Donc, si on reprend tout depuis le début : Par delà nos terres ancestrales… – Morgan faisait glisser son doigt sous les caractères correspondant tandis qu'il les déchiffrait. – …Par delà nos océans jamais explorés. Toi qui recherches la clé. La Terre de glace tu devras braver…

- Et bien moi, – le coupa soudainement Garret qui était arrivé derrière eux, un plateau dans les mains. – je ne braverai aucune terre de glace avant d'avoir avalé un bon thé, et bien chaud de préférence. – Surpris, Eleanor et Morgan se tournèrent vers lui. Il leur tendit une tasse de thé

- Excellente initiative, mon jeune apprenti. – Lui répondit Eleanor en s'emparant de la sienne.

- Mais je ne vis que pour vous servir, mon maître… Non, sérieusement, je me disais qu'on avait bien besoin d'une pause. On n'a même pas pris le temps de manger correctement.

- Ouais, je suis exténué... – Fit Morgan qui attrapa la seconde tasse que lui présentait son ami avant de s'enfoncer dans sa chaise. – Au moins, les choses se précisent.

- Le travail d'équipe, ça finit toujours pas payer. – Lui répondit sa fiancée avec une curieuse moue.

- Combien de fois devrai-je m'excuser ? – Demanda Morgan qui avait très bien compris où elle voulait en venir.

- Aussi longtemps que je l'estimerai nécessaire…

- Tu es une véritable tortionnaire ! – Eleanor s'approcha de lui et s'installa sur ses genoux.

- Tu sais ce qu'on dit. – Elle passa ses bras autour du cou jeune homme et l'embrassa à pleine bouche. – …qui aime bien, châtie bien. »

Les deux jeunes gens se sourirent, puis s'embrassèrent à nouveau. Garret remua la tête et préféra avaler une gorgée de son thé.

 

Bayou – Extérieur Lawson

Un homme s'écrasa avec une rare violence contre le tronc d'un arbre couvert de plantes grimpantes, mais contrairement au commun des mortels, il se releva dans la seconde qui suivit, comme si de rien était. Ses yeux, d'un gris vitreux, étaient dénués de la moindre expression et fixaient le lointain avec une rare persistance. Ni le brouillard, ni le bruit distinct de la bataille qui faisait rage à quelques lieux de là, ne semblait le perturber. Le zombi émit un curieux son guttural et partit en direction des ombres qui remuaient derrière l'épaisse couche nuageuse.

Gabe envoya un coup de pied arrière à l'un de ses assaillants qui l'attrapa par la cheville. Bloqué, il effectua une rotation de la jambe pour envoyer son second pied à la figure du zombi. Sous la puissance de l'impact, celui-ci lâcha prise et Gabe se réceptionna, à croupi, sur le sol. Il se releva et regarda autour de lui. Ils étaient de plus en plus nombreux et arrivaient de toutes parts. Il fallait qu'il se sorte de là, d'autant plus qu'il se sentait petit à petit dépossédé de sa capacité à raisonner. Il envoya un coup de coude à celui qui venait de surgir sur sa droite, se baissa légèrement afin d'éviter le coup de poing du zombi qui se trouvait derrière lui, et pivota sur ses talons afin de lui asséner un magnifique uppercut. Le mort vivant quitta terre pour retomber lourdement sur le sol. Gabe repéra alors un passage au milieu de la cohorte qui se formait autour de lui. Il se jeta entre les jambes de l'un des zombis et effectua une roulade pour se retrouver dans son dos. Là, il se releva d'un bond et s'éloigna à grandes enjambées avant de disparaître dans le brouillard. Il courrait vite, plus vite qu'il ne l'aurait jamais cru, mais il ne savait pas où il allait. Dans ces marécages, les mêmes paysages se succédaient invariablement. Gabe se demandait même si il sortirait un jour de cet endroit. Une vague de vide absolu déferla alors sur lui. Ses jambes se mirent à ralentir leur cadence alors que son souffle s'accélérait. En fait, ça n'avait plus d'importance. Pourquoi courrait-il exactement ? Il s'immobilisa et ses paupières se fermèrent. L'image de son frère s'imposa alors à lui et il secoua la tête afin de se débarrasser de cette sensation de torpeur qui l'envahissait. Il s'apprêtait à reprendre sa course folle quand une quinzaine de morts vivants surgirent devant lui :

« Non mais c'est pas vrai !! Ils sont partout ma parole ! – Gabe recula de quelques pas et se mit en position de combat. – Petits, petits, petits, petits… Venez voir papa. »

A ces mots, trois de ses petits camarades de jeu se précipitèrent vers lui. Tout en maintenant sa garde, Gabe jeta un œil derrière lui et recula pour arriver à proximité d'un gros arbre. Au moment où les trois créatures mortes s'apprêtaient à passer à l'attaque, le cadet des Oswald tira vers lui l'épaisse branche qu'il avait repérée et la relâcha brusquement. Elle percuta violement les zombis qui effectuèrent un magnifique vol plané pour retomber lourdement sur cinq autres de leurs congénères. Irrités par la riposte de l'étudiant, le reste de la meute se mit pousser de terribles grognements qui déchirèrent le silence ambiant. Le visage de Gabe s'orna d'une charmante grimace :

« Je les ai un petit peu énervé là… »

Un beuglement familier lui indiqua, mais bien trop tard, qu'il y avait quelqu'un juste derrière lui. Deux puissants bras l'enserrèrent par derrière et le soulevèrent de terre. Les bras coincés et la respiration bloquée, le beau brun tenta de se défaire de l'emprise de la bête, mais comme rien n'y faisait, il donna un grand coup de tête vers l'arrière à son agresseur qui relâcha aussitôt son étreinte. Gabe en profita pour le saisir par le coup et le faire passer par-dessus son épaule. A peine le zombi touchait le sol boueux que le jeune homme tomba à genou. Son corps avait soudainement décidé de ne plus lui répondre alors même que les autres créatures mortes se rapprochaient dangereusement de lui :

« Allez Gabe… Résistes… »

Il se releva avec difficulté et fit face à ses ennemis, le corps chancelant. Il envoya un direct du droit au zombi qui lui faisait face, mais celui-ci bloqua son poing sans aucune difficulté. Il réitéra son action avec un direct du gauche que son adversaire immobilisa une nouvelle fois avec aisance. Ne pouvant encore s'avouer vaincu, le jeune homme puisa dans ses dernières forces et extirpa son poing droit de la main du mort vivant en effectuant une rapide retournée vers la droite. Le coude de son bras ainsi dégagé rencontra la mâchoire du zombi. Il lâcha alors le second poing de Gabe qui termina sa rotation en frappant à nouveau son rival au visage avec ce dernier. Puis, il enchaîna avec un uppercut qui envoya le pauvre diable au tapis. Complètement vidé, le jeune homme leva simplement les yeux sur l'attroupement de zombis qui, comme les fois précédentes, gagnait en nombre. Des gouttes de sueur coulaient le long de son front tant il était exténué. Cependant, il fallait lutter. Cette sensation de néant qui ne cessait de croître en lui ne pouvait pas l'emporter. Non… Jamais… Il se redressa du mieux qu'il le pouvait et se prépara à riposter. Tout autour de lui, la horde se refermait. Il prit une grande inspiration et donna un coup de pied, sur le côté, dans l'estomac du zombi qui était le plus proche de lui. Les hostilités étaient engagées. S'en suivit un méli-mélo presque impossible à entrevoir. Juste après le coup porté par Gabriel à l'un des leurs, deux morts vivants plus rapides et plus agiles que tous les autres attaquèrent le garçon. Il eut juste le temps d'éviter le coup de poing donné par le premier en baissant sa tête sur la gauche, alors même qu'il n'avait pas reposé son pied à terre, que le second l'attrapa par le bras, côté gauche, pour lui asséner un coup de coude dans les côtes puis au menton. Sonné, Gabe recula en titubant. Le paysage alentour lui paraissait si flou et il ne parvenait plus à réfléchir. Que faisait-il là ? Quelles étaient ces ombres qui l'encerclaient ? Il ne savait plus.

 

Chapitre 3 >>> >>>